Avec Looper, son nouveau long-métrage en date, Rian Johnson réussit à
mélanger les genres, mêlant avec une habilité déconcertante la science-fiction
au polar, le film d’action au fantastique. Comme pour le film noir dans son
magnifique Brick, le réalisateur
américain se réapproprie alors les codes de chacun de ces genres, apportant une
nouvelle vision : la sienne. Ainsi, malgré des influences marquées (James
Cameron, Philip K. Dick, X-Men, La Jetée), la trame de Looper arrive constamment à déstabiliser
le spectateur, passant d’une idée à une autre, d’un genre à un autre sans que
la qualité du film en pâtisse. A chaque instant sur le fil, le film de Johnson
réussit toujours à éviter les écueils et les poncifs de cet exercice plus
difficile qu’il n’y parait : dans Looper, citer à tout bout de champ n’est donc
pas une fin en soit, et ne sert jamais à caresser le geek dans le sens du poil.
Film hybride, Looper est une
véritable réflexion sur le temps représenté par deux facettes d’un même
personnage. A travers cette confrontation de deux tranches de vie bien
distinctes, le temps au fil des minutes se dématérialise complètement. Ainsi, passé,
présent et futur ne font plus: seul le chaos persiste. Véritable course contre
la montre, le film de Johnson fourmille d’idées de mise en scène parfois fascinantes,
parfois exceptionnelles : la mort du personnage interprété par Paul Dano,
les ralentis majestueux utilisés à bon escient ou la montre que garde constamment
le personnage principal avec lui rappelant à chaque fois ce combat inévitable à
la fois contre le temps et la mort que propose Rian Johnson aux spectateurs. Et
si Rian Johnson était un futur grand d'Hollywood? Et si c’était ça le vrai cinéma postmoderne ?

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