Avec
son Grizzly Man, Werner Herzog dépasse
l’idée que l’on se fait du documentaire, et, en utilisant les nombreuses vidéos
de feu Timothy Treadwell, le réalisateur allemand raconte avant tout une histoire
de cinéma, celle de Treadwell. Ainsi, au fil des minutes, Herzog transcende,
dépasse l’aspect ludique et informatif du genre : à l’aide de son montage
et de sa voix-off, Timothy Treadwell se transforme en véritable personnage de
cinéma, sa vie devient fiction et les moments proposés aux spectateurs par
Herzog se muent en véritables moments de 7ème art. En effet, devant
ce Grizzly Man, le spectateur est
frappé par cette facilité déconcertante que montre Herzog à travers cette œuvre,
passant de l’attendrissement au comique, voire à l’absurde (le
« héros » se liant d’amitié avec un renard et le désignant comme son
meilleur ami) pour finir sur le drame. Car il est avant tout bien question de
drame dans les images et la trame choisies par Herzog. En effet, outre le
message écologique de Treadwell, le sujet central de Grizzly Man consiste en une plongée dans les méandres de la folie
humaine. Comme dans la plupart de ses longs-métrages, Herzog s’intéresse avant
tout à la frontière floue séparant raison et démence, et surtout celle
délimitant l’humain et l’animal, voire l’animosité. Au fil des minutes, le
spectateur se voit alors confronter à un Timothy Treadwell courant sans cesse à
sa propre perte et dont la folie fait écho à celle de Klaus Kinski lors du
tournage d’Aguirre, The Wrath of God.
A la fois glaçant, troublant et touchant.

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