Sous
fond de rivalités et de conflits entre demi-frères, Jeff Nichols dépeint à
travers Shotgun Stories l’Amérique des
laissés pour compte. Ainsi, telle une malédiction, ses personnages semblent destinés
à ne jamais quitter ces vies de misère qui sont les leurs, semblant vouloir
rester à tout jamais dans cette petite ville de l’Arkansas, ne faisant rien de
leur vie, excepté tuer le temps qui leur est imparti avant la fin de leur
existence. Mais avec son premier long-métrage, Nichols ne réalise pas qu’une
simple peinture d’une ville de l’Arkansas mais tente de narrer l’histoire
matricielle des Etats-Unis, une histoire qui se répète et qui évolue au fil des
âges, des siècles, mais qui, au fond, reste la même. De ce fait, l’Amérique de Shotgun Stories n’est autre que celle de
la destruction, ne connaissant que la violence et le sang et se nourrissant des
massacres produits par son propre passé pour avancer. Mais entre les coups et
les balles, le spectateur ne peut faire fi de la nature entourant les
personnages de Nichols. En effet, comme chez McCarthy, cette prairie si
silencieuse en apparence mais qui peut se révéler des plus sauvages semble attendre
son heure avant d’entrainer les protagonistes dans un néant cosmique, avant que Nichols (malheureusement ou non) n'en décide autrement. Et même
si tout n’est pas parfait, que Shotgun
Stories souffre par instant d’un réel problème d’écriture et n’atteint pas
la force et la perfection des œuvres d’un Malick ou d’un Melville, ce premier
film reste une œuvre à voir, ne serait-ce pour les thèmes obsessionnels de Jeff
Nichols que le spectateur pourra retrouver dans Take Shelter, second film du réalisateur yankee.

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