mercredi 25 juillet 2012

Libra.



Réécrire l’histoire et raconter sa théorie des faits sous forme de fiction, de roman-reportage, toujours entre réalité et imagination : c’est la volonté de Don DeLillo dans son monstrueux Libra, roman qui raconte l’assassinat du président JFK. Deux lignes narratives sont alors employées par DeLillo, l’une raconte la préparation du complot, l’autre est un portrait de Lee Harley Oswald, l’assassin présumé de JFK. Au fil des pages, les deux lignes se font écho, se questionnent, se répondent, s’entremêlent, et DeLillo arrive petit à petit à distordre, accélérer et interrompre le temps. Nous sommes en Nouvelle Orléans et suivons l’adolescence d’Oswald pour ensuite le retrouver au Japon ou à Minsk. Nous somme le 19 juin et tout d’un coup, le temps s’accélère et le 2 juillet fait son apparition. Avec une fascinante habileté, DeLillo joue avec le rythme des mois, des années et surtout de son récit avant que toute notion de temps ne soit abolie. Mais il est aussi question de langage et de codes dans Libra. Ainsi, les mots, les noms deviennent des codes, ne possèdent plus la signification qui était la leur à la naissance du monde. Tout change, tout s’oublie. Un personnage peut en cacher un autre, une personnalité une autre : Lee devient Hidell qui devient Alek. A travers Libra, comme dans la plupart de ses romans, DeLillo prouve à ses lecteurs l’importance des mots, de leur sens et de leur compréhension. Ces mots, ces lettres, DeLillo les utilise pour (ré)écrire un bout de l’Histoire américaine, mais surtout pour écrire son Histoire (ou sa théorie ?) concernant Oswald. En parallèle, Oswald, en véritable agent du chaos (mais avant tout de l’Histoire) écrit aussi, se raconte à travers un journal intitulé l’ « Historic Diary ». Entre pensée, idées et convictions politiques, Oswald se dévoile  (ou est-ce DeLillo qui choisit de dévoiler ?) par fragments. Le lecteur le comprend bien, il est aussi question d’écriture dans Libra, et cette idée rejoint les premières lignes de ce texte. Qui écrit ? Est-ce DeLillo ? Oswald ? Où s’arrête la véracité de ces (ses) dires ? Où se rejoignent la fiction et l’Histoire ? DeLillo et Oswald communiquent-ils à travers leurs écrits respectifs ? Mais surtout, qu’est-ce qu’écrire, et pourquoi écrire ? Pour qui, pour quelle audience, et quelle forme doit prendre votre texte ? 

A travers ses obsessions et les différentes expérimentations de ce roman (de cet essai) DeLillo se penche sur un des assassinats et sur un des complots les plus fascinants de l’histoire sans jamais donner de réponses définitives ; un complot décrit au fil des pages tel un cancer qui aurait détruit l’histoire américaine de l’intérieur, un évènement qui aurait gangréné cette dernière pour toujours. Captivant.

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