Réécrire
l’histoire et raconter sa théorie des faits sous forme de fiction, de
roman-reportage, toujours entre réalité et imagination : c’est la volonté
de Don DeLillo dans son monstrueux Libra,
roman qui raconte l’assassinat du
président JFK. Deux lignes narratives sont alors employées par DeLillo, l’une
raconte la préparation du complot, l’autre est un portrait de Lee Harley Oswald,
l’assassin présumé de JFK. Au fil des pages, les deux lignes se font écho, se
questionnent, se répondent, s’entremêlent, et DeLillo arrive petit à petit à
distordre, accélérer et interrompre le temps. Nous sommes en Nouvelle Orléans
et suivons l’adolescence d’Oswald pour ensuite le retrouver au Japon ou à Minsk.
Nous somme le 19 juin et tout d’un coup, le temps s’accélère et le 2 juillet
fait son apparition. Avec une fascinante habileté, DeLillo joue avec le rythme
des mois, des années et surtout de son récit avant que toute notion de temps ne
soit abolie. Mais il est aussi question de langage et de codes dans Libra. Ainsi, les mots, les noms
deviennent des codes, ne possèdent plus la signification qui était la leur à la
naissance du monde. Tout change, tout s’oublie. Un personnage peut en cacher un
autre, une personnalité une autre : Lee devient Hidell qui devient Alek. A
travers Libra, comme dans la plupart
de ses romans, DeLillo prouve à ses lecteurs l’importance des mots, de leur
sens et de leur compréhension. Ces mots, ces lettres, DeLillo les utilise pour
(ré)écrire un bout de l’Histoire américaine, mais surtout pour écrire son
Histoire (ou sa théorie ?) concernant Oswald. En parallèle, Oswald, en
véritable agent du chaos (mais avant tout de l’Histoire) écrit aussi, se
raconte à travers un journal intitulé l’ « Historic Diary ».
Entre pensée, idées et convictions politiques, Oswald se dévoile (ou est-ce DeLillo qui choisit de dévoiler ?) par
fragments. Le lecteur le comprend bien, il est aussi question d’écriture dans Libra, et cette idée rejoint les
premières lignes de ce texte. Qui écrit ? Est-ce DeLillo ? Oswald ?
Où s’arrête la véracité de ces (ses) dires ? Où se rejoignent la fiction
et l’Histoire ? DeLillo et Oswald communiquent-ils à travers leurs écrits
respectifs ? Mais surtout, qu’est-ce qu’écrire, et pourquoi écrire ?
Pour qui, pour quelle audience, et quelle forme doit prendre votre texte ?
A
travers ses obsessions et les différentes expérimentations de ce roman (de cet essai)
DeLillo se penche sur un des assassinats et sur un des complots les plus
fascinants de l’histoire sans jamais donner de réponses définitives ; un
complot décrit au fil des pages tel un cancer qui aurait détruit l’histoire
américaine de l’intérieur, un évènement qui aurait gangréné cette dernière pour
toujours. Captivant.

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