Le Grand Soir,
nouveau long de Kervern et Delépine est une histoire de vieux anars, de punks à
chien, entre poésie et désordre social. Dans cette zone commerciale où se
déroule la plupart de l’intrigue, le temps se dilate, s’interrompt. En réalité,
comme nous l’expliquent les deux réalisateurs avec ces plans fixes, il n’a plus
lieu d’être et nos vies se sont donc figées. Dans Le Grand Soir, seuls règnent les gens aux normes et leur semblant
de normalité. Le spectateur le comprend bien : ici, l’ordre est donc de
mise, un ordre fragile, pouvant s’autodétruire à tout moment. Le chaos n’est
pas loin, attendant son heure. Ce monde décrit à travers la zone commerciale, c’est
le nôtre : entre zombification, mort de l’humain et perte de toutes
communications, les gens tournant autour des personnages de Dupontel et
Poelvoorde naviguent dans le même espace, un espace proche du néant. Entre
humour et mélancolie, Kervern et Delépine nous raconte l’histoire d’un grand
incendie, de la fin d’un monde et de la chute libre d’une France, d’un homme et
de ses idéaux, de ses croyances et de ses propriétés. Dans Le Grand Soir, il vaut mieux marcher tout droit, sans jamais penser
réfléchir et s’arrêter avant que la mort ne nous rattrape.

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