Alors qu'il expérimente une drogue susceptible de séparer le bien du mal, le docteur Jekyll réveille
malencontreusement son double maléfique prénommé Hyde. Dans The Two Faces of Dr. Jekyll, en racontant le parcours de son
(ses) personnage(s) principal (aux), Fisher réussit une intéressante analyse
des bas-fonds de la société victorienne, une société qui commence petit à petit
à se fissurer de l’intérieur, ne devenant plus que l’ombre d’elle-même, faisant
écho à l’ambivalence destructrice du personnage interprété par Paul Massie.
Mais outre cette peinture lugubre de la société victorienne, ce qui intéresse avant tout Terence Fisher se
réside dans la question d’identité. Qui est vraiment Jekyll ? Qui est vraiment
Hyde ? Où commence l’un, où s’arrête l’autre ? Quelles sont les frontières
de ce corps où résident ces deux personnalités ? Qui se sert de qui ? En devenant Hyde, Jekyll semble libérer ses pulsions les plus
primitives, qu’elles soient sexuelles ou meurtrières. Ainsi, Hyde ne serait-il
pas qu’une simple marionnette dirigée par le docteur en personne ? Toute
l’intrigue du film réside donc dans cette ambiguïté, cette dualité. De plus, The Two Faces of Dr. Jekyll pourrait
rappeler à certains spectateurs le premier volet de la saga Batman réalisé par Burton : que ce
soit pour ce face à face entre le Dark Knight et le Joker, la dualité qui en
découle et cette frontière séparant le bien et le mal qui est des plus
floues ; mais aussi pour la première apparition des deux « monstres »,
de ces « freaks » dans ces deux oeuvres. Ainsi, Fisher et Burton prennent le
pari de filmer leurs personnages de dos, le premier dans le bureau de Jekyll,
le second dans une lugubre et sordide salle d’opération d’un médecin de Gotham. Que cachent-ils donc ? Quelle est cette ombre
envahissant le bureau de Jekyll? Quel est ce rire diabolique qui s’est emparé à
la fois de l’âme de Jekyll, mais aussi de celle de Jack Napier ? Fisher
et Burton ne laisseront que quelques secondes de répit aux spectateurs avant de
leur dévoiler les rictus effrayants de leurs personnages, personnages
partageant la même folie et la même idée de destruction. Classique de la
Hammer, The Two Faces of Dr. Jekyll
est une pépite à (re)découvrir.

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