lundi 5 décembre 2011

Fidelio.



Le grand écran change vos perceptions des choses. Je pensais connaitre 2001, Barry Lyndon et Eyes Wide Shut sur le bout des doigts. Je m’étais trompé. Lors des trois séances, à chaque minute écoulée, c’était d’une évidence pure : je redécouvrais ces trois œuvres si importantes à mes yeux. Le grand écran changeait tout, et réussissait à me donner des clés que je n’avais pu percevoir sur un écran plus petit. L’expérience était nouvelle. Je n’étais plus devant ces longs que je connaissais tant. Je les (re)découvrais : sans crier garde, de nouvelles questions, de nouvelles idées, de nouvelles beautés jaillissaient de l’écran. 2001 se muait en véritable opéra, Barry Lyndon se transformait en peinture romantique des plus grandioses et Eyes Wide Shut devenait un rêve, ou un « cauchemar » éveillé. En les découvrant sur grand écran, j’oubliais toutes les visions précédentes dès les premières minutes ; et le monde extérieur n’existait plus. Seul celui que me proposait Kubrick comptait. 2001, le début de l’humanité et son apprentissage de la destruction. 2001 ou son voyage vers Jupiter et « Beyond the Infinite », une épopée au-delà de toute compréhension et de toute intelligence. Un voyage rempli de secrets et d’immensité auquel il faut se donner corps et âme. Barry Lyndon et la rencontre de ce dernier avec sa future femme, l’esprit romantique qui parcoure toute la dixième œuvre du maitre. Et soudain, sans crier garde, Sarabande d’Haendel gronde et met le spectateur à genoux. Une nouvelle fois.



Et puis arrive la dernière œuvre du maitre. La plus chère à mes yeux. Eyes Wide Shut, véritable huit-clos à ciel ouvert à la photo fascinante. Eyes Wide Shut et ses êtres en perdition tutoyant les ténèbres ; un Bill Hartford à la limite de la destruction, de sa fêlure. Un personnage perdu dans la nuit, qui fait, sans vraiment le vouloir, la rencontre de « freaks », affrontant ses doutes et ses peurs. Un Hartford qui va aussi se confronter à une inquiétante étrangeté, à l’uncanny que dégagent ces masques lors de cette fameuse soirée « interdite ». Fidelio ou les faux-semblants du théâtre. Une soirée où Kubrick, grâce au « seen » et l’ « unseen » se joue du spectateur et du personnage interprété par Cruise. Les minutes défilent, la nuit s’étire, le temps semble s’être arrêté, et, au coin d’une ruelle new-yorkaise, Hartford et le spectateur basculent petit à petit dans le « fantastique » ; la frontière entre ce dernier et la réalité se faisant de plus en plus floue. Anxiogène, malaise et paranoïa deviennent alors, petit à petit, les maitres mots de cet immense rêve éveillé dont les séquences seraient elles-mêmes des songes. Mais finalement, ce serait donc ça la force d’Eyes Wide Shut, mais aussi celle des autres œuvres du maitre : une séquence, ou plutôt un rêve, qui serait relié(e) à d’autres rêves ; l’ensemble formant un immense songe d’une beauté et d’une grandeur immense.

Ne cherchez pas le nouveau Kubrick. Il n’y en aura pas. Il n’y en aura jamais.


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