En
racontant dans Shame l’histoire d’un
yuppie addict au sexe, Steve McQueen propose la déchéance d’un homme en plein New
York, une ville qui vous happe et vole votre âme. Loin d’être moralisateur et
puritain comme le proclament certaines critiques, le film de McQueen semble
davantage s’intéresser à autre chose. En effet, il est avant tout question de
quête : une quête parfois difficile à cerner pour le spectateur et qui pourrait
s’apparenter à la quête de soi ; une quête de sa vie, une quête pour
tenter de se sentir en vie. Brandon court à travers les rues de New York pour
échapper à sa mort certaine, pour échapper au vide de son existence. Le Brandon
de Shame pourrait rappeler Gatsby, un
être riche, tout comme lui, à la lisière des deux mondes : celui des
vivants, et celui des morts ; car comme le personnage de Fitzgerald, c’est
tel un fantôme, un être dépossédé de son corps, un homme déjà mort (le premier
plan du film est lourd de signification), que Michael Fassbender traverse le
dernier long de McQueen. Malgré la grandeur de Fassbender et de son sujet,
McQueen se perd au milieu de l’intrigue, tâtonnant. Tout comme son personnage
principal, le metteur en scène ne semble plus savoir quelle direction prendre
jusqu’aux dernières minutes d’une fulgurance folle, où l’histoire s’accélère.
Fassbender de plus en plus en perdition, Fassbender face au néant, Fassbender
qui coure plus vite que jamais pour rattraper le temps, le personnage de Carey
Mulligan (impressionnante et toxique) et la vie de cette dernière. Des minutes
au rythme saccadé d’une exception rare et qui laisse groggy le spectateur.
Finalement, même si Shame est moins
puissant et moins abouti qu’Hunger, le
nouveau long-métrage de Steve McQueen n’en reste pas moins une œuvre dérangeante
teintée de fulgurances d’une pure beauté formelle.

+1 pour ta critique! / +1 pour le film!
RépondreSupprimerAaaah, je suis tout à fait d'accord. Tu as su mettre les mots sur ce qui me gênait/dérangeait.
RépondreSupprimerTout le début du film, j'étais là "ah ce plan est génial mais quand est-ce que je vais aimer le film?" et bam, il y a la dispute entre Brandon et Sissy, et après perfection jusqu'à la fin. Dans ta face! Je ne dirai pas moins abouti que Hunger par contre, car il avait aussi ses défauts, notamment narratif. Steve McQueen est un super plasticien mais il a encore un peu de mal à raconter des histoires qui transportent. ça peut s'améliorer (j'espère) du moment que la beauté reste!
Bon, sinon, t'as pas parlé de l'orgasme le plus triste du monde :(
Et cette fin ouverte... Autant dans Inception t'es là "ah bah oui, foutez-vous de nous encore!" mais là tu te tords, j'aimerai qu'il fasse ça mais j'y crois pas AAAAAH!
Bref. C'te fin de fou quoi. :D