mercredi 16 novembre 2011

Atmosphere.


Il faut peut-être un temps d’adaptation au spectateur pour rentrer dans le perché mais surprenant Attenberg, nouvelle œuvre d’Athina Rachel Tsangari. Passé ces quelques minutes, le long-métrage s’avère être une expérience de cinéma. Une expérience où les personnages se retrouvent face à leur vie, leur peur. Dans cette Grèce contemporaine, entre une salle d’attente d’hôpital livide et glauque, un traveling invitant Tous Les Garçons et Les Filles de  Françoise Hardy ou une chambre d’appartement faisant office de prison, les personnages oscillent entre solitude et errance. Chez les personnages de Tsangari, la fêlure, la destruction de l’être n’est jamais loin, mais tout semble être « sauvé » par cet humour si particulier, un humour que n’auraient pas renié les Monty Python. Ainsi, chanter Be Bop Kid (de Suicide) est, selon l’héroïne la seule solution valable pour faire face à son père quasi mort sur un lit d’hôpital. Faire face à la mort, quitte à être « ridicule ». 

Mais ici, cette mort si effroyable d’habitude, n’est rien face à des relations humaines exterminatrices. L’amitié et la haine (mais est-ce vraiment de la haine ?) semblent se confondre : les deux personnages féminins ne font parfois plus qu’un le temps d’une séquence, pour ensuite se déchirer quelques secondes plus tard. Le corps n’est aussi que destruction. Dans Attenberg, le rapport à son corps et à celui de l’autre est problématique. Les personnages de Tsangari jouent avec leurs corps, tout comme l’héroïne avec ses omoplates, séquence à la fois fascinante mais surtout déstabilisante. Son propre corps se transforme en corps étranger, animal : le temps d’une séquence, nue face à une glace, le personnage principal a même l’air de ne plus reconnaitre son corps. Les rapports sexuels sont aussi dévastateurs. Ainsi, le dépucelage du personnage principal pourrait paraitre « glauque » pour certains spectateurs, se faisant loin des « conventions ». On donne son corps pour tester, par peur de rester vierge pour toujours, par peur de ne plus vraiment trouver chaussure à son pied. 

Le sexe, la mort et la solitude sont donc les points les plus importants du monde décrits par Tsangari. Un monde à la fois épuré, terne et décalé, un monde ne faisant plus qu’un avec les personnages du film. Et c’est donc un fait, avec sa dernière œuvre, en plus de raconter une histoire, Tsangari semble approcher l’espèce humaine tel un anthropologiste. Étrange, décalé, glaçant et fascinant. A voir.

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