Parce que pour certains critiques, Inception rima l’année dernière avec déception, il est en ce moment
de bon ton de taper à tout va sur The
Dark Knight. Ceux qui à l’époque avaient alors encensé l’ancrage réaliste
du film tournent, petit à petit, leur veste. Chez cette grande intelligentsia,
trouver un remède à ce film « froid », « calculateur » et
« asexué » est alors le mot d’ordre depuis quelques mois. Ce remède,
la critique l’a finalement trouvé : ce sera Captain America et tant pis pour les fanboys (ou tant mieux, qui
sait). Pour l’élite de la critique ciné, le dernier long-métrage de Johnston
ressemblerait à un « réenchantement de l’histoire », une réécriture
audacieuse et enthousiaste du XXème siècle.
Bruler vif ce que l’on a aimé trois ans auparavant, voilà
le maitre mot. Détruire Nolan et sa saga coûte que coûte, quitte à encenser un
tâcheron du nom de Joe Johnston. Dans cette mission, certains ont alors oublié
que deux hommes avaient tenté, des années auparavant, la lourde tâche de « réécrire »
l’Histoire au cinéma, et cela avec brio. Le premier, Guillermo Del Toro, avait
réussi avec son Hellboy premier du nom (mais aussi par l’intermédiaire de son
labyrinthe de Pan) à mélanger histoires mythologiques et seconde guerre
mondiale. Avec sa dernière croisade, le second, Steven Spielberg, avait fait
tutoyer histoire du Graal et nazis. Deux cinéastes (et deux visions de grand
cinéma) maitrisant totalement leur sujet, contrairement à Johnston. Ainsi, des
œuvres précitées, Captain America n’en
possède ni l’ampleur et la grandeur, ni les enjeux ou le souffle épique. A trop
vouloir en raconter (et cela avec une rapidité déconcertante et affligeante),
Johnston passe à côté de son sujet, ne proposant ni de séquences d’action
dignes du personnage (les affrontements entre Red Skull et le Cap en sont des
exemples frappants), ni de réelles réflexions sur notre monde et son Histoire
passée.
Malheureusement,
comme le spectateur pouvait s’y attendre, Captain
America ne se suffit pas à lui-même. En effet, comme pour chaque film
estampillé Marvel, l’œuvre de Johnston devient au fil des minutes un nouveau
lien, un nouveau teaser pour la grosse machine qui se prénomme The Avengers. Il est alors regrettable
de voir le Captain passer de la seconde guerre mondiale au monde contemporain
en un seul film, la faute à un stupide calendrier imposé par la Marvel. Sans
âme, sans saveurs et au service du fanboy, Captain
American pourrait bien être le début de la fin des super-héros sur grand
écran. Un remède à The Dark Knight ? Non.
Il est bien loin le temps des Sam Raimi et
autres Burton.



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