dimanche 13 février 2011

Breathe Me.


Cela me semble encore proche. Devant mon écran d'ordinateur, Claire Fisher quittait sa   maison, pour toujours. On pouvait entendre les premières notes de Breathe Me de Sia. Claire sur la route, faisant écho au footing journalier de son frère Nate. Le même Nate qu’elle apercevra dans son rétro, semblant l’accompagner pour le premier jour du reste de sa vie. La voiture et la course deviennent alors des métaphores d’une vie qui passe inéluctablement. Les minutes passent, et alors que la caméra s’éloigne petit à petit de la voiture que conduit Claire, le spectateur peut apercevoir une longue et sinueuse route dans le plan final. Cette route vers l’inconnu, c’est celle que doit parcourir Claire pour aller à New York, mais finalement, c'est aussi sa vie. 

On pourrait penser aux nappes du passé de Deleuze pendant les neuf dernières minutes de ce chef d'œuvre télévisuel. Claire, fil rouge de ce final, devient le centre des images qui défilent. Il faut alors passer par la Claire actuelle, celle qui conduit, pour pouvoir accéder à ses (ces) mémoires, à ce(s) passé(s) qui n’est (n’ont) pas encore eu lieus. Chaque personnage (existence) devient une mémoire, un moment, un passage. De ce fait, passé, présent et futur ne font plus qu'un. Alors ce final serait une démonstration que le média visuel ne serait rien sans son élément le plus important: le temps. On peut se souvenir du final de Benjamin Button qui présentait une Daisy jeune pour toujours, dansant, hors du temps. Ce serait un peu la même idée. On peut s’en rendre compte lors de la mort de Ruth : le spectateur peut apercevoir alors  Nate et son père qui n’ont pas vieilli, figés dans le temps, figés à cause certainement de la mémoire des autres.  

"You can't take a picture of this, it's already gone."
       

Comme disait Nate à sa sœur avant qu'elle ne parte à l'aventure de sa vie: "You can't take a picture of this, it's already gone". De ce fait, la photo devient le seul moyen de combattre l'action du temps. Prenant un moment, un instant, une seconde de notre vie, nous rendant immortel pour les autres. La photo, preuve de notre passage sur terre. Oui, la photo, l'art, le moyen d'expression de Claire, qui, au fil de la série deviendra de plus en plus vital pour le personnage. Les photos de ses proches que l'on peut apercevoir dans les dernières secondes et qui sont accrochées aux murs de sa demeure en sont la preuve vivante. La photo: un sens à la vie de Claire. On quitte alors Claire sur son lit, prête à mourir. La caméra se dirige alors petit à petit vers elle, pour finir sur un gros plan des yeux de la mourante, qui, par magie, s’effacent pour donner place à la Claire que l’on connait. C’est alors que le zéro infini rentre en jeu,  l’éternel retour au zéro, le cycle de la vie. Tout peut (re)commencer pour Claire jeune, (vieille), mais aussi pour le spectateur. Malgré la tristesse qui parcoure ces derniers instants, c’est la vie dans son ensemble qui semble alors être célébrée. Comme le chante Nate au début de ces dix dernières minutes: 

“I just want to celebrate/Another day of living/I just want to celebrate another day of life”.

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