Avec
son nouveau long, Tinker Tailor Soldier
Spy, Tomas Alfredson transpose le spleen ambiant de son magnifique Let the Right One In de la Suède à
l’Angleterre. Ici, il n’est plus question de vampires ni d’adolescence, mais
d’espions. Nous sommes en 1973 et Smiley (grand Oldman) est chargé de trouver la taupe se cachant au
sein du Cirque (nom donné au MI6 pour sa vue sur Cambridge Circus). Commence
alors une véritable partie d’échec entre le héros du film, le temps et
l’espace. En effet, le personnage de Goldman va tout disséquer, tout analyser,
faisant des aller-retours entre passé et présent par l’intermédiaire du montage
intelligent de Tomas Alfredson. Mais à travers cette enquête à la fois minutieuse et à
couteaux tirés, le spectateur comprend vite que ce qui intéresse avant tout le metteur
en scène suédois n’est pas la résolution de l’enquête, mais plutôt de réaliser
le portrait d’un empire britannique en « fin
de vie »; un empire rongé par un cancer qui n'est autre que la guerre froide. Symboles du monde dans lequel ils vivent, Smiley, Control et les
autres protagonistes de Tinker, Tailor, Soldier,
Spy ne représentent simplement plus que les faiblesses et les échecs d’une
puissance qui n’est plus que l’ombre d’elle-même. Ainsi, les personnages
d’Alfredson ne peuvent que contempler avec impuissance la chute de leurs idéaux
et se transformer en figures d’une époque révolue, traversant tout au long du
métrage un royaume figé dans le temps tels de véritables fantômes. Entre classicisme
et modernité, doté d'un casting impressionant, Alfredson nous livre, une fois de plus un grand film.

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