Qu’on
se le dise : Clint n’est pas mort (un fantasme chez certain journaleux « cinéphiles »
depuis quelque temps), et son dernier film, J.
Edgar, le prouve. Son dernier long est rempli de belles idées, et la plus
fascinante n’est autre que cette narration déstructurée, passant du passé au
présent, du présent au passé sans jamais perdre le spectateur ; il faut
assister à ce simple mais magnifique tour de passe-passe avec le temps où
Eastwood fait rentrer DiCaprio et Armie Hammer dans un ascenseur, vieux, pour les
faire sortir jeunes et élégants. Dans J.
Edgar, la vie du premier directeur du FBI est déstructurée et prend la
forme à la fois d’un puzzle, mais aussi d’un rêve. Ainsi, en dictant l’histoire
de sa vie à des nègres (et par extension l’Histoire de son Amérique), Hoover se
rêve plus fort qu’il ne l’était par le passé et fantasme sur ce dernier :
un cheval blanc apparaissant comme dans un rêve avant d’arrêter un gangster,
des arrestations qu’il s’octroi de droit mais qu’il n’a jamais effectuées. Au
fil des minutes, Eastwood dilate le temps, et J. Edgar devient petit à petit un rêve éveillé teinté de
mélancolie. Ce
rêve éveillé se transforme en cauchemar pour les personnages de DiCaprio et d’Hammer.
Les idées et idéaux de l’Amérique changent, mais pas Hoover qui reste figé et
qui est encore et toujours aspiré par le temps : ses faits, ses gestes et
ses raisonnements appartiennent aux décennies précédentes ; et le
spectateur assiste à la désintégration du personnage à petit feu. Les années
passent, ses concitoyens changent et deviennent alors « déloyaux » envers
lui, mais surtout envers son Amérique, celle de Lindbergh. Nous le comprenons
donc dès les premières minutes du long-métrage : dans J. Edgar, ce qui intéresse Eastwood n’est point la politique, mais
simplement le portrait d’un homme à la fois visionnaire et mégalo ; un
portrait racontant à la fois les forces, les doutes et la chute d’Hoover. Avec Million Dollar Baby, Gran Torino et le mal aimé Afterlife, J. Edgar est encore un autre film d’Eastwood sur la mort et la
solitude. Raconté avec une grande pudeur, J.
Edgar est à la fois sincère, ludique, triste et mélancolique. Un film à ne
pas rater.

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