dimanche 15 janvier 2012

La Solitude de l'Edgar.



Qu’on se le dise : Clint n’est pas mort (un fantasme chez certain journaleux « cinéphiles » depuis quelque temps), et son dernier film, J. Edgar, le prouve. Son dernier long est rempli de belles idées, et la plus fascinante n’est autre que cette narration déstructurée, passant du passé au présent, du présent au passé sans jamais perdre le spectateur ; il faut assister à ce simple mais magnifique tour de passe-passe avec le temps où Eastwood fait rentrer DiCaprio et Armie Hammer dans un ascenseur, vieux, pour les faire sortir jeunes et élégants. Dans J. Edgar, la vie du premier directeur du FBI est déstructurée et prend la forme à la fois d’un puzzle, mais aussi d’un rêve. Ainsi, en dictant l’histoire de sa vie à des nègres (et par extension l’Histoire de son Amérique), Hoover se rêve plus fort qu’il ne l’était par le passé et fantasme sur ce dernier : un cheval blanc apparaissant comme dans un rêve avant d’arrêter un gangster, des arrestations qu’il s’octroi de droit mais qu’il n’a jamais effectuées. Au fil des minutes, Eastwood dilate le temps, et J. Edgar devient petit à petit un rêve éveillé teinté de mélancolie. Ce rêve éveillé se transforme en cauchemar pour les personnages de DiCaprio et d’Hammer. Les idées et idéaux de l’Amérique changent, mais pas Hoover qui reste figé et qui est encore et toujours aspiré par le temps : ses faits, ses gestes et ses raisonnements appartiennent aux décennies précédentes ; et le spectateur assiste à la désintégration du personnage à petit feu. Les années passent, ses concitoyens changent et deviennent alors « déloyaux » envers lui, mais surtout envers son Amérique, celle de Lindbergh. Nous le comprenons donc dès les premières minutes du long-métrage : dans J. Edgar, ce qui intéresse Eastwood n’est point la politique, mais simplement le portrait d’un homme à la fois visionnaire et mégalo ; un portrait racontant à la fois les forces, les doutes et la chute d’Hoover. Avec Million Dollar Baby, Gran Torino et le mal aimé Afterlife, J. Edgar est encore un autre film d’Eastwood sur la mort et la solitude. Raconté avec une grande pudeur, J. Edgar est à la fois sincère, ludique, triste et mélancolique. Un film à ne pas rater.

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