lundi 23 janvier 2012

Hidden in Snow.

         
         Nous sommes en plein milieu du nouveau Fincher, The Girl with the Dragon Tattoo. Mikael Blomkvist fait défiler sur son ordinateur des photos de la jeune disparue Harriet, photos prises lors d’un carnaval de la ville. Le personnage de Craig découvre, au fur et à mesure, l’expression faciale de la jeune fille changer. Il en est alors certains : la solution, l’indice qui pourrait faire tout basculer dans son enquête se trouve sur le trottoir d’en face, partie de la rue dont il ne peut avoir accès avec les photos qu’il détient. Tout d’un coup, sans crier garde, ce qui paraissait perdu à tout jamais, enseveli sous la neige, ne l’est plus. Blomkvist vient alors de comprendre l’histoire de ces photos en N&B; histoire qui pour des inattentifs ne représenteraient que de simples images muettes et dénuées de sens. En analysant avec attention ce jeu de photos, Blomkvist a dû se transformer en « metteur en scène » du temps et du passé. Il a dû alors travailler avec ces derniers afin de tenter de résoudre une énigme dont l’enquête fut entreprise au temps présent. En conséquence, via ces images, le passé et ses faces cachées ressurgissent des ténèbres. Le spectateur comprend alors que le plus important dans cette entreprise démarrée par Blomkvist et Vanger ne réside pas dans la parole : en effet, tous les points résolus au fil des minutes se feront par l’intermédiaire du langage des images. Ces images « disséquées » se transforment en messages, fantômes du passé dont la reine n’est autre qu’Harriet. La jeune adolescente hante la pellicule du film, les lieux et les esprits sans ne jamais apparaitre à l’écran jusqu’à la résolution finale ; une résolution qui délivrera le personnage de Christopher Plummer dont la forteresse de solitude se prénomma, pendant de nombreuses années, Harriet.
 
 
            Mais revenons à Blomkvist. En perçant à jour le message de ces clichés, il comprend qu’il faut faire vite, le temps lui ait compté, et nous pourrions même rajouter : le temps leur ait compté. En effet, lorsque Mikael rencontre Lisbeth Salander, le film s’emballe, et les deux protagonistes sont reliés grâce au subtil découpage du film : c’était le cas dans la première partie de l’œuvre, et ça l’est d’autant plus à partir de leur rencontre. Le rythme s’accélère progressivement jusqu'au face à face opposant Martin Vanger à Blomkvist. Comme nous l’explique Fincher, Lisbeth et Martin doivent travailler dans l’urgence avant qu’il ne soit trop tard. Mais ce lien unissant les deux protagonistes cache aussi  autre chose : l’enquête semble n’être qu’un prétexte (pour Larsson, l’auteur du roman, tout comme pour David Fincher) afin de faire rencontrer ces deux êtres et permettre à Lisbeth de faire face à sa féminité et, au final, de se libérer ainsi de l’emprisonnement de son propre corps et du monde environnant. Le spectateur réalise alors qu’à travers les 2h40 de métrage, (et c’était déjà le cas dans ses œuvres précédentes) Fincher n’a de cesse de filmer des quêtes; des quêtes concernant le temps ou même l'humain. Ce ne sera qu’après l’accomplissement de ces dernières que les personnages de The Girl with the Dragon Tattoo pourront réellement « exister ».

D’une plastique magistrale, froid, rempli de mélancolie et de fureur latente, The Girl with the Dragon Tattoo est une nouvelle preuve de la grandeur, de l'intelligence et de la cohérence d’une filmographie entamée par Fincher il y a maintenant vingt ans de cela. Une certaine idée de grand cinéma.

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