Il
aura donc fallu une dizaine d’année pour que le public (et une certaine partie
de la critique) reconnaissent enfin le talent de Nicolas Winding Refn. Il aura
donc fallu attendre Cannes et De Niro. Drive
aura donc été le film que l’on pourrait définir comme celui de la
« révélation » pour certains, ou de la « confirmation »
pour d’autres. Un prix. Et tout s’enflamme. Mais soyons clair d’entrée de jeu.
Soyons précis. Contrairement à d’autres films palmés, oui, Drive mérite amplement son prix. Et oui, cet engouement soudain de
la part du public est justifié. Drive est
donc grand. Un pur plaisir de cinéphile.
Le
nouveau bébé du danois est un néo-film noir à l’esthétisme en tout point
parfait. Comme c’était déjà le cas pour le bon Valhalla Rising ou le grand Bronson,
Winding Refn se transforme en peintre de cinéma. Des lumières aux ombres, des
couleurs à la photo, le danois régale et Drive
rappelle par moment une certaine idée du souci du détail chère aux maitres
Fincher et Kubrick : une lumière changeant de ton dans un ascenseur avant
un affrontement funeste, des ombres combattant pour leur survie ; et
surtout un Driver rentrant dans son appartement vide, sans vie et son ombre se
dessinant sur le mur. Une ombre
renvoyant à cette sensation de solitude qui plane tout au long du film. Une
solitude qui s’allie petit à petit à la folie et la romance. Ainsi, à travers
le long-métrage, ce que raconte Winding Refn n’est autre que la destruction
d’un être pour sauver sa bien-aimée.
Ce héros solitaire et autodestructeur renvoie à un certain pan du cinéma. De Snake
Plissken au Samouraï de Melville en
passant par le Bruce Wayne taciturne de Burton, le Driver, personnage à la
limite du surnaturel (interprété par Ryan Gosling) est donc un personnage, un
archétype de cinéma, un vrai. A travers l’histoire de ce Driver, Winding Refn
s’amuse alors avec la culture du spectateur, se jouant plus ou moins des codes
du genre. Loin du cynisme, le maitre danois préfère utiliser les codes du
néo-film noir afin de donner sa propre vision de ce cinéma. Alors le sentiment
d’héritage pointe le bout de son nez. Héritage, oui, ce serait sûrement le
terme adéquat. Drive peut rappeler le
travail de Michael Mann et sa fascination pour l’épure et l’économie. Ainsi,
par exemple, tout comme dans Miami Vice
et la séquence du offshore, A Real Hero
de College remplace les paroles pour raconter la naissance des sentiments.
C’était déjà le cas dans ces œuvres précédentes, et ça l’est encore dans sa
dernière œuvre : Kavinsky et la bande des Italians Do It Better deviennent
un outil de narration supplémentaire ; et le lien fort qui lie l’image et
le son rappelle celui du cinéma de l’ami Tarantino, un cinéma dissertant aussi
sur le cinéma.
Tiens,
Tarantino, parlons-en. Et si depuis quelque mois, des films qui se proclament
de l’héritage Tarantino faisaient, petit à petit leur apparition sur le grand
écran ? Des films dont feraient partis Kickass,
Hanna ou Drive. Depuis quelque temps, se forme donc un cinéma lié à celui de
Tarantino. Ainsi, avec ces effusions de sang et de violence, cette volonté de
parler et discuter de cinéma (sans jamais devenir un simple et vulgaire film
catalogue de citations), Drive se
réclamerait de l’héritage du génie américain, tout comme Hanna, tout comme Kickass.
Par l’intermédiaire de ces œuvres, voit donc le jour une nouvelle génération
(un nouvel héritage ?) de cinéma dit « postmodernes», prenant compte
de la culture des spectateurs et des films les entourant. Et aucun doute n’est
maintenant permis: Oui, Winding Refn appartient à cette génération et en est un
des éléments les plus importants. C’est donc un fait, avec son Drive,
le maitre danois montre que le cinéma a (encore) de beaux jours devant
lui.


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