Dix
années sont donc passées. Une décennie sous l’ombre des tours jumelles. Voilà donc dix ans
qu’Art Spiegelman dessina le « grand incendie » et les peurs qui
envahirent son esprit. J’avais quatorze ans. Je me rappelle des images à la
télévision. C’était un après-midi. Le chaos. Tout simplement le chaos. Plus rien
n’existait autour de moi. Plus rien n’avait d’importance. Le sentiment d’impuissance.
Et rien. Si loin et si proche. Si brutal et si fort. Le vide. Extremely Loud and Incredibly Close
comme le souligne Jonathan Safran Foer. C’était donc comme ça qu’Oskar Schell,
personnage de fiction, perdait son père. Les ténèbres, et ensuite, une clé à la
main pour tenter d’exister, perdu, tiraillé entre le passé, son père et son
envie d’exister, d’aller de l’avant. Oskar comme symbole du peuple américain.
Oskar qui aide à panser les blessures profondes de l’Amérique. Oskar ou le
pouvoir de l’imaginaire, du livre. Si le jeune enfant avait réellement existé,
il écouterait encore sûrement Eleanor
Rigby. « Jose ! »,
c’est vrai ça, John, “All the lonely people, where do they all come from? All
the lonely people? Where do they all belong?” Les corps tombant de la tour, se
donnant volontairement la mort, c’était donc eux, les “lonely people”, ou
était-ce plutôt ceux qu’ils laissaient ? Pour toujours. Devant mon poste
de télévision, j’attendais impatiemment que Superman, Batman et la Justice
League viennent les secourir. Dix minutes. Vingt. Trente. Une heure. Rien. Les
Avengers, peut-être ? Non. Le néant. Les Ténèbres. Encore et toujours. Apocalypse Now. Mon imagination et ma
jeunesse ne s’en remettront jamais. Ma patrie de cœur aussi. Plus tard, nous
pouvions apercevoir Captain America se lamenter sur une couverture de comics.
Son pays et ses symboles étaient à genoux. Spidey pleurait (et pleure encore)
ses tours. Sam Raimi devait donc agir : en juin 2002, Tobey serait dans l’impossibilité
d’utiliser les deux tours pour tenter d’impressionner Kirsten et de la charmer.
Mais peu importe, avec la saga de l’araignée, le grand Sam allait écrire une
des plus belles déclarations d’amour à la Grande Pomme, et à ses habitants.
Dix ans viennent de s’écouler. Et je pense à l’année
dernière et à ces moments passés sur le sol américain. Je pense à Michella, ses
parents, Sue et aux autres croisés sur mon chemin. You’ll Never Walk Alone, comme le disent si bien mes amis scouses. You’ll Never Walk Alone.

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