jeudi 28 avril 2011

Welles, c'est plus fort que toi.


The Third Man

Il y a peu, je découvrais enfin The Lady From Shanghai, film datant de 1947, dirigé par le grand Orson Welles. Comme beaucoup de passionnés de cinéma, j’ai pour ce dernier une admiration sans failles, admiration teintée de fascination. Fascination pour son travail, mais aussi pour le couple qu’il formait avec la magnifique Rita Hayworth. Un couple rempli de ce glamour et de cette beauté tellement hollywoodiens et incarnée en Rita. Ces deux aspects qui viennent de vivre leurs dernières heures avec la disparition de Taylor. Une beauté et un glamour venant s’ajouter à cette force et cette grandeur (que ce soit par la carrure mais aussi par l’esprit) qu’incarnait Welles.

  Pendant la projection de The Lady From Shanghai, je me suis rappelé de ma première rencontre avec le grand Orson. Une rencontre datant maintenant de quelques années, et de ma première vision de ce beau film noir nommé The Third Man. Ici, pas de Welles metteur scène, mais simplement un Orson acteur, hantant la moitié du film par son absence, tout comme Gatsby pouvait hanter sa propre histoire par son absence dans le roman de Fitzgerald, faisant du personnage une inquiétante étrangeté. Un homme ou une entité que l’on pense connaitre sans jamais l’avoir aperçu. Cette idée d’uncanny, nous la retrouverons lors de la première confrontation entre le personnage principal, et Harry, le personnage de Welles. Ce dernier que l’on croyait mort, semble tout droit sorti des ténèbres, un chat à ses pieds, se moquant de son interlocuteur. Une apparition et une disparition dignes d’un fantôme. Une séquence parfaite d’une minute, tout droit sorti du cinéma expressionniste allemand. Une minute. C’est le temps qu’il a fallu à Carol Reed pour me rendre Orson Welles fascinant.  

The Lady From Shanghai

Fascinant, c’est aussi le terme que je pourrais employer pour The Lady From Shanghai, un autre film noir, de trois ans l’ainé du film de Reed. Un long teinté de faux semblants, décrivant un monde infesté de requins où le danger et la mort sont cachées dans les moindres recoins, attendant le meilleur moment pour frapper. Un monde emmenant constamment le spectateur vers de fausses pistes avant la vérité finale. En parlant de final, ce dernier pourrait bien être une des plus belles séquences que Welles ait pu tournée : les trois personnages principaux se retrouvent dans un palais des glaces du quartier chinois de San Francisco avec leurs corps se multipliant à l’infini. Comment faire la différence entre le vrai et le faux parmi toutes ces images de l’autre, des autres ? Une fusillade retentit, et avec les bris de glace s’éclatent les différentes images des personnages. Images semblant composer les personnalités complexes de ces deux hommes et de cette femme. Avec ce palais des glaces à l’écran, le spectateur se retrouve face à une magnifique métaphore de ce monde pourri par les enfers que décrit Welles tout au long du film. Un monde faisant magnifiquement écho à Touch of Evil, autre œuvre du maitre. Beau et magistral, pas loin de la perfection.

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