dimanche 20 février 2011

Woke up this morning, you've got yourself a gun.

Ah! The Sopranos. Série produite par HBO, cette œuvre raconte le quotidien de malfrats américains d’origine italienne, venant du New Jersey. Ici,  point de romanesque, ni d’idées romantiques de la mafia. En effet, les protagonistes sont aux antipodes de la famille Corleone, héros de la saga The Godfather, réalisée par Francis Ford Coppola. Le spectateur pourrait prendre comme exemple l’opening credits de l’œuvre. En effet, pendant un peu plus d’une minute, il aperçoit Tony Soprano dans sa voiture, rentrant chez lui, dans le New Jersey (un des états dont on se moque le plus aux Etats-Unis). Lors de ce trajet, nous n’apercevrons pas de signes de l’American dream, mais seulement une autoroute, des usines, un cimetière et une misère palpable à l’écran. Finalement, au-delà d’une histoire basique de mafia, l’idée centrale de The Sopranos réside dans volonté de montrer cette banalité de la vie, où rien d’exceptionnel n’a l’air de se passer, même pour des hommes comme Tony Soprano et ses acolytes. Mais tout d’un coup, une violence que l’on attendait plus, surgit de nulle part, pour s’estomper dans la minute qui suit. A vrai dire, ces dernières phrases pourraient résumer les personnages principaux que sont Chris, Silvio, Paulie ou Ralph, et rappelant le personnage de Joe Pesci dans The Goodfellas, de Martin Scorsese. Les personnages principaux de cette œuvre sont, il faut bien le dire, bêtes et méchants, et les prétextes pour en arriver aux mains sont pour la plupart du temps futile: une télécommande à laquelle il ne faut pas toucher ou une conversation ayant comme sujet principal l’usage des glaçons.

            Le spectateur doit être actif, attentif. Rien n’est donné, tout doit être décodé, comme cette idée principale que ces protagonistes sont raccrochés à un certain passé, à certains idéaux qui, pour nous ou pour d’autres personnages de la série, ne sont plus, désuets. Au fil de l’œuvre, le spectateur a cette sensation que leur pays d’origine, l’Italie, est restée figée dans un passé particulier. Lors de la seconde saison, Tony, Paulie et d’autres iront dans ce pays pour leur business, mais ce dernier aura une expérience un peu amer de son séjour, ne retrouvant pas certains idéaux. Ces idéaux, ce sont pour la plupart du temps dans certains médias qu’ils les trouvent, et plus particulièrement au cinéma. Auparavant, nous faisions référence à Scorsese mais aussi à The Godfather de Coppola. Ce cinéma semble être un point important dans la culture des personnages de la série, qui, à maintes reprises font références à des passages clés du parrain, et surtout Silvio. Ici, Pacino ne devient alors pas qu’une simple figure emblématique du cinéma. En effet, Corleone et sa famille semblent être des modèles de vie, des références, un passé cinématographique fantasmé auquel nous aimerions ressembler.

Who will survive in America?


            Ah, le passé, toujours le passé. Il semblerait que ce dernier ne laisse jamais Tony et ses acolytes. Tout comme certains personnages de Cormac McCarthy, les personnages de la série rêvent d’un monde passé, d’un monde, qu’ils n’ont pour la plupart pas connu et qui semblent les hanter. Un passé, qui selon Faulkner n’est même pas passé. Un monde qu’ils semblent (re)créer, fantasmer avec des légendes, des mythes. Un univers dangereux pouvant couter la vie aux plus jeunes d’entre eux. Nous pourrions faire référence à Jackie Jr. et le mettre en parallèle à John Grady et Lacey Rewlins, personnages principaux d’All The Pretty Horses  du maitre McCarthy. En effet, ces derniers n’ont qu’une seule idée en tête après la vente du ranch du grand-père de Grady, qui vient de mourir: partir au Mexique, et être engagé comme cowboys, peu importe les dangers qu’ils peuvent rencontrer. Comme eux, Jackie Jr. est obsédé par un idéal, par ce passé de gangster, et tant pis si ce dernier lui coute la vie. La vie, si proche de la mort dans cet univers. Finalement, tout ça, c’est « banal », pourait penser le lecteur de cet article; et c’est en quoi The Sopranos est si brillant. Il réussit avec brio à intéresser et à fasciner les spectateurs sur ce sujet qu’est la banalité de l’existence. Le théâtre de la vie.

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